Toujours intéressée par la délégation de service public et aujourd'hui par les SIEG et toute réglementation sur les services, je suis les négociations qui vont s'entamer à Hong-Kong. Afin de m'informer, je trouve aujourd'hui un article sur le site de France 2, dans lequel un journaliste inconnu nous explique ce qu'est l'OMC. ( j'en mis en gras un passage)
" Outre l'agriculture, l'organisation s'intéresse à de multiples champs des activités humaines dans tous les domaines. L'Accord Général sur le Commerce des Services (AGCS) comporte ainsi 12 secteurs, eux-mêmes divisés en 163 sous-secteurs: services aux affaires, communications, construction/ingénierie, distribution, éducation, environnement, finances, santé/services sociaux, tourisme, loisirs/culture/sport, transports...
Les règles de mise en concurrence s'appliquent ainsi en principe à tous les services, à l'exception de ceux qui sont "fournis dans l'exercice du pouvoir gouvernemental" (article I-3-b de l'accord), en clair les services publics. Pour le "Monde Diplomatique", cette clause serait "éviscérée" (sic) par un autre article "qui donne une définition de ces services permettant pratiquement de n'en exclure aucune" de la mise en concurrence."
(source: http://info.france2.fr/dossiers/monde/16297627-fr.php )
Le travail journalistique consiste aujourd'hui simplement à aller lire les autres journaux... Quelle honte!!! Ce n'est pourtant pas difficile d'aller à la source! ( http://www.wto.org/french/docs_f/legal_f/26-gats.doc ) Les accords sont très clairs:
"les "services" comprennent tous les services de tous les secteurs à l'exception des services fournis dans l'exercice du pouvoir gouvernemental;
un "service fourni dans l'exercice du pouvoir gouvernemental" s'entend de tout service qui n'est fourni ni sur une base commerciale, ni en concurrence avec un ou plusieurs fournisseurs de services." peut-on y lire dès la troisième page( paragraphe 3 alinéas a et b)...
Il est clair que les services dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’environnement sont aujourd’hui, dans presque tous les pays, en concurrence entre un secteur public et un secteur privé. Dès lors, l’AGCS s’applique bien à la quasi totalité des services.
Le début de la partie 4 nous explique le but ultime de cet accord:
"Conformément aux objectifs du présent accord, les Membres engageront des séries de négociations successives, qui commenceront cinq ans au plus tard après la date d'entrée en vigueur de l'Accord sur l'OMC et auront lieu périodiquement par la suite, en vue d'élever progressivement le niveau de libéralisation. Ces négociations viseront à réduire ou à éliminer les effets défavorables de certaines mesures sur le commerce des services, de façon à assurer un accès effectif aux marchés."
Si le journaliste faisait son travail, il saurait que l'éducation, l'eau, la santé et tous les autres services dispensés par les Etats sont justement visés par ces accords et que l'Union Européenne a d'ailleurs fait des demandes dans ce sens (ouverture à la concurrence de ces secteurs) à plusieurs pays, en Afrique en particulier. Par ailleurs, il est mentionné dans les exemptions françaises qui ont été négociées à Marrakech, ( consultables sur le site de l'OMC ) des services publics en Nouvelle Calédonie. Si les services publics étaient réellement exclus, que feraient-ils dans la liste des exemptions temporaires? Pourquoi seraient-ils même mentionnés? ( temporaires car l'annexe de l'AGCS nous dit qu' "en principe, les exemptions ne devraient pas dépasser une période de 10 ans." (p345, annexe sur les exemptions, paragraphe 6 )
Sans difficulté, n'importe qui trouve sur internet des milliers d'articles concernant cet accord. Un article émanant d'un syndicat Canadien nous explique les demandes qu'ils ont faites à leur gouvernement sur ce sujet: (http://congresdutravail.ca/index.php/aout_03/Pas_encore_de_substa )
« a) préconiser une évaluation complète du commerce des services conformément à l'article XIX de l'AGCS avant la fin du cycle actuel de négociations;
b) modifier l'AGCS de sorte à y exclure les services publics, pour que les gouvernements conservent leur capacité de réformer sans contrainte la façon dont ils fournissent les services publics essentiels;
c) modifier l'article VI.4 pour protéger la capacité des gouvernements de réglementer sans risquer de faire l'objet de contestations;
d) dans les médias, s'assurer que les engagements de l'AGCS ne mettent pas en péril les mesures nationales prises pour protéger la culture;
e) dans les télécommunications, s'assurer que le contrôle canadien de l'industrie est maintenu;
f) s'assurer que les négociations concernant le mouvement temporaire de personnes physiques (mode 4) ne deviennent pas une échappatoire pour faire entrer une main-d'oeuvre à prix modique, ou pour éviter de verser des cotisations sociales. »
Donc, non seulement, cet accord risque-t-il de mettre en danger les services publics, mais nombreux sont ceux qui y voient une attaque en bonne et due forme des protections sociales, en introduisant une autre "directive Bolkestein"...
En clair, les journalistes ne font toujours pas leur travail de recherche, de vérification et de diffusion des informations. Il est plus facile de lire des résumés, et de décider a priori qui a tort et qui a raison. Dommage que ce pseudo-journaliste ne nous dise pas de quel journal il tire la conclusion que les Services Publics ne seraient pas touchés par cet accord. Car finalement dans l’histoire, c’est le Monde Diplomatique qui a raison et l’autre qui a tort !!!