Il y a quelques jours déjà une manifestation défilait contre la grève des traminots de la RTM à Marseille. L'organisateur était la fédération dénommée "Liberté chérie". Aucun média pour nous expliquer les objectifs de cette association qui prend de la place depuis ses actions en juin 2003. Cette association fut très présente pour contrer le mouvement de grève de la fonction publique et plus particulièrement des enseignants en 2003 qui dénonçaient la privatisation des systèmes de retraite et la régionnalisation qui amène progressivement elle aussi à la privatisation de certains secteurs de l'éducation. ( Un portrait d'une de ses jeunes dirigeantes,Sabine Hérold, fan de Margaret Thatcher, lisible sur leur site à l'adresse http://www.liberte-cherie.com/revuepresse.php?id=105 , avait alors paru à la dernière page de "libération" le 24 juin 2003 )
"Liberté Chérie" avait organisé une manifestation à Paris pour demander au gouvernement de poursuivre la casse du système par répartition et mettre en place le système par capitalisation. Dans ses statuts consultables sur leur site internet on peut lire leurs objectifs:
Cette manifestation n'était donc pas une simple manifestation de Marseillais en colère parce qu'ils n'avaient plus de bus. Les personnes présentes avaient été démarchées par des membres de cette association "néo-libérale" qui prône la privatisation soit-disant plus efficace... D'ailleurs, le site nous apprend qu'un véritable travail de propagande a été effectué pour rassembler ces 1500 personnes ce jour-là:
"Pendant cinq jours, le comité marseillais de Liberté Chérie a distribué 50.000 tracts avec le soutien logistique de responsables de la fédération. De nombreux quartiers ont ainsi reçu la visite de petits groupes de militants de Liberté Chérie : sur les marchés, dans les cafés, dans les petits commerces de proximité, dans les boulangeries et dans les salons de coiffure, nous avons tous inlassablement porté notre message."
Bizarrement, aucun journaliste relatant "objectivement" cette manifestation ne s'est soucié de présenter ses organisateurs. Enfin, je dis bizarrement, mais aujourd'hui, rares sont les journalistes à faire leur travail d'information correctement...
La multiplication des délégations de service public amène une multiplication des grandes entreprises spécialistes. Ces entreprises travaillent dans des domaines aussi variés que la distribution de l'eau, le ramassage et la mise en valeur des ordures ménagères et industrielles, le transport et la restauration... Je m'intéresse aujourd'hui à ce dernier domaine. La Sodexho s'est depuis quelques temps emparé du marché énorme que représente la restauration collective. La privatisation des restaurants hospitaliers lui a apporté beaucoup, sans pour autant améliorer ni la qualité de l'offre, ni les conditions de travail des salariés. Par contre, les actionnaires en ont tiré un grand profit. On voit aujourd'hui apparaître ce prestataire dans l'Education Nationale. La décentralisation, contre laquelle se sont élévés de nombreuses personnes en juin 2003, permet aujourd'hui aux collectivités de déléguer ce service au privé. Certains ont déjà sauté le pas: le lycée Hélène Boucher à Paris et le collège Sévigné à Gagny (93). Une nouveauté: la Sodexho s'est vue confier la gestion des "chèques livres". Je lisais dans le Ouest France d'hier que les parents des élèves du lycée Bréquigny de Rennes( le plus grand de Rennes) n'ont toujours pas reçu leurs "chèques livres" qui devaient les aider, à la rentrée, à acheter les manuels nécessaires à l'année scolaire de leur enfant au lycée. Ces chèques devaient être délivrés par la région, mais elle semble avoir délégué ce service à la Sodexho. Résultat, la représentante FCPE des parents explique: "Les chèques de vente des livres devraient parvenir au cours de la deuxième quinzaine de décembre." "Des difficultés indépendantes de notre volonté ont été rencontrées par la Sodexho, gestionnaire des chèques livres. Ils ne nous ont toutefois pas alertés tout de suite, et ce n'est que début novembre, suite à plusieurs appels de notre part, que la situation a été réglée. Cependant, le courrier qu'ils nous ont adressé laisse entendre que le versement n'interviendrait que fin décembre. "
Reconnaissons que la délégation de service public crée de véritables empires... pour le vérifier, voyez le site de cette société: http://www.sodexho.com/SodexhoCorp/jump_page_fr
Le saviez-vous?
Le 27 juin dernier, des milliers de britanniques ont battu le pavé pour exiger une halte à la privatisation des Services Publics. Anthony Blair a répondu que la privatisation (sous la forme de délégations de service public) était la seule politique sérieuse possible. Le mot d'ordre des manifestants était: "Public services not private profit."
"But writing in today's Guardian, Tony Blair made clear privatisation was set to continue under his watch. There has to be a dramatic change in the government's policies if Labour is to regain the trust of our supporters - and that means abandoning the drive to privatise public services such as education, health and the civil service. " dit un organisateur de la manifestation, interrogé par The Guardian.
L'article du journal mentionne aussi un sondage sur l'attachement des anglais à leurs services publics: "Three out of four (74%) of those questioned said they believed the main priority of private companies was to make profits rather than serve the public. Just 17% said they wanted to see more privatisation take place. " (The Guardian, june 27th)
Beaucoup de colère chez ces manifestants qui sont révoltés par exemple à l'idée qu'un nombre grandissant d'hôpitaux publics délèguent la rédaction informatique des dossiers médicaux confidentiels des patients à des entreprises indiennes ou sud africaines.
Aujourd'hui encore, la privatisation a fait un pas de plus en Grande Bretagne puisque le 8 août dernier 8 "NHS trusts" ( un statut pour les entreprises de santé institué en 2003) se sont désolidarisées du système classique. Ce système de délégation, de recherche de profits et de sponsors,fut mis en place aussi dans l'éducation, comme je l'ai déjà indiqué dans mes articles précédents.
Ségolène Royal explique bien dans ses différentes interventions en France comme en Grande Bretagne, combien les français méjugent la politique de Tony Blair.( voir le Financial Times) Elle ne se désolidarise pas de ces décisions qui ne sont d'aillleurs pas du tout discutées publiquement en France. Il est vrai qu'il est plus vendeur dans un journal, qu'il soit télévisé ou écrit, de parler des attentats déjoués ou des vacances de nos dirigeants politiques...