Ecole - entreprises

Mardi 10 janvier 2006

« Depuis une dizaine d'années, Veolia Eau, entreprise citoyenne, s'engage au quotidien pour sensibiliser les futurs citoyens au respect de l'eau.

Une approche novatrice

La malle pédagogique est proposée par Veolia Eau aux écoles, et notamment aux classes des enfants âgés de 9 à 11 ans, dans de nombreuses collectivités publiques qui lui ont confié la gestion de leurs services d'eau.

Depuis 1995, Veolia Eau a distribué plus de 20 000 malles dans une vingtaine de pays (Angleterre, Allemagne, Chine, France, Etats-Unis, Maroc...), traduites dans les langues locales.

Outre l'expérimentation ludique, la malle pédagogique propose un véritable travail pluridisciplinaire autour de l'eau.

Sciences et Technologie, Histoire Géographie, Éducation civique, Littérature, Arts plastiques... Les notions abordées sont nombreuses et variées. Elles suscitent l'intérêt des élèves qui apprécient d'apprendre en s'amusant.

L'enfant est placé au coeur du dispositif. Les élèves, acteurs de leur apprentissage, découvrent entre autres par l'expérimentation, à travers une véritable démarche scientifique, les notions de base relatives à l'eau.

Ils apprennent par ailleurs que l'eau douce n'est pas disponible en quantité égale, partout dans le monde, et sont sensibilisés aux gestes éco-citoyens. Ils prennent ainsi conscience que l'eau représente un bien rare, fragile et vital qu'ils doivent protéger et partager.

Le site Internet des futurs consommateurs-citoyens

Un site ludo-pédagogique pour sensibiliser les enfants de 7 à 12 ans à la préservation d'un bien vital et précieux que nous devons tous partager, l'eau

Ce site offre par ailleurs des textes informatifs, des animations, des photos, des quiz et un grand test de connaissances avec « le jeu du cycle ».

2004 : Le concours Odyssée de l'eau

En 2004, 1200 classes d'élèves de 9 à 11 ans en Allemagne, au Brésil, au Gabon, au Maroc, au Mexique, aux Philippines, en Pologne, en Roumanie, en Slovaquie, en Tchéquie et en France (200 classes françaises) ont participé au concours international organisé par Veolia Eau, de mars à juin.

Veolia Eau a souhaité récompenser la classe lauréate de ce pays.
Des bons d'achat de livres et de fournitures scolaires ont été offerts à chacun des 46 élèves de la classe de CM2 de l'Ecole Publique de la FOPI à Libreville.

Les 1 200 classes participantes gagnent la nouvelle malle pédagogique de Veolia Eau. »

Voir le site  http://www.veoliaeau.com/publics/pedagogie/

 

 

 

Alors, on les laisse faire l’école de demain ? (Vous remarquerez qu’ils connaissent leur Meirieu sur le bout des doigts…)

Par poline guyader
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Samedi 14 janvier 2006

Le hasard fait quand même bien les choses puisque au moment même où je m'intéresse à l'entrée des entreprises dans l'Ecole, le journal de 20 heures de France 2 y consacre un reportage de 2 minutes 30. En effet, j'ai découvert hier, vendredi 13 janvier, avec un certain émoi à la fois le fond du problème posé par la journaliste et la manière de le présenter. Vous pouvez revoir ce reportage sur le site http://jt.france2.fr/20h/

Mme Borloo-Schönberg a introduit le sujet d'une façon on ne peut plus vague, puisqu'elle prend position sans vraiment le faire. Voici ses mots:

"Lorsque les entreprises entrent dans les cours d'école pour la bonne cause, semble-t-il. Une publicité déguisée à travers des outils pédagogiques qui ont leur utilité sous certaines conditions."

Le reportage nous présente alors l'intervention d'une animatrice de Gaz de France dans une classe de CM1 d'une école publique de Lagny sur Marne. Interrogeant l'institutrice, on apprend deux choses étonnantes:

D'abord que l'institutrice n'a aucune réticence à la présentation par cette personne de l'entreprise GDF dans sa classe dans la mesure où la marque reste discrète. "Le nom de Gaz de France n'a jamais été cité, donc ça reste totalement objectif"

Et deuxièmement, que cette intervention n'était pas la première: "Quand EDF était venu c'était exactement la même chose. C'était vraiment l'électricité à la maison, la distribution et la sécurité. Il n'y avait pas eu, je vais dire, de publicité. C'était resté totalement neutre."

Les interventions des entreprises dans les écoles ne sont JAMAIS NEUTRES.  Le simple fait que le nom de Gaz de France n'ait pas été mentionné ne démontre aucunement qu'il n'y a pas eu de publicité. Premièrement, le cadreur nous montre clairement le logo, en effet de taille "raisonnable", sur les documents présentés aux enfants. Et deuxièmement, nous voyons aussi apparaître un petit personnage: une petite flamme bleue, à qui il semble arriver des "aventures". Cette flamme bleue s'appelle Méthanie. C'est la mascotte de Gaz de France depuis 1982. La télévision a d'ailleurs diffusé un dessin animé dont elle était le personnage principal. ( http://www.planete-jeunesse.com/sources/series.php3?cle=94&sec=3 ) Alors, pas de publicité? Imaginez plutôt une intervention sur le tissage du coton où le personnage présenté aux enfants serait un petit crocodile assez particulier...

Le reportage interroge ensuite le seul organisme qui semble se préoccuper de la question de ces malettes pédagogiques distribuées dans les écoles: l'INC- 60 millions de consommateurs.(http://www.conso.net/page/bases.3_education.1_la_pedagotheque.1_acces_fiches./Action-detailpedago/pedago-pedagoth_325.xml) Le représentant de l'institut nous explique les deux questions qui se posent à eux pour recommander ou non les 20 nouvelles malettes inventées chaque année par les grandes entreprises. La première est de vérifier que l'entreprise s'adresse bien aux élèves et non à leurs parents. La deuxième est la question de l'adéquation avec les programmes. La première me fait réfléchir. En repensant à la spécificité des deux entreprises citées, il apparaît qu'elles ont toutes deux le monopole de la distribution d'énergie auprès des particuliers pour l'instant. Mais cela ne va pas durer. Dans cette mesure, n'ont-ils pas intérêt à s'adresser à leurs futurs clients, et non à ceux qu'ils ont actuellement?

En fin de reportage, la parole est donnée aux publicitaires:

"Il faut continuer à apporter un peu de fantaisie dans les éoles. " "Les excès sont dernière nous." "C'est l'enseignant qui reste libre de son choix, personne ne va le forcer."

Le Ministère de l'Education Nationale est solidaire de ces actions, il relaie très volontiers l'information à travers les très officiels Centres de Documentation Pédagogique, ici celui du Morbihan est le contact officiel pour la malette Gaz de France:  http://www.educ-envir.org/~reeb/reeb_spip/article.php3?id_article=252

Par poline guyader
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Vendredi 27 janvier 2006

"Les écoles privées ont de bien meilleurs résultats, donc, donnons l'argent aux écoles privées." ai-je entendu l'autre jour.

 Si on regarde ce qui se fait aujourd'hui, ceci est déjà en partie réalisé: salaires, aides diverses, malettes pédagogiques, sans compter l'ouverture "par magie" dans l'établissement privé voisin de la section qui ferme dans le public...

En parlant de voisins, le "white paper" Britannique du mois d'octobre dernier met en place ce genre de captage de l'argent public et la soumission d'écoles à des entreprises ou des églises. Je vous invite à lire les quelques articles sur ce sujet disponibles en français, et bien entendu, à le lire lui-même.(sur la privatisation de l'école en GB, ://www.monde-diplomatique.fr/2005/04/HATCHER/12086 - lien officiel en anglais vers le white paper: http://www.dfes.gov.uk/publications/schoolswhitepaper/ et aussi: http://www.monde-diplomatique.fr/2005/05/MARLIERE/12217)

Un peu plus loin, le modèle est encore une fois américain: deux systèmes extrêmement développés aujourd'hui: les "school vouchers" (="bons éducatifs") (sorte de chèques donnés aux élèves remis ensuite à l'école privée de leur choix) et les "charter schools" qui sont directement financées par l'Etat. Pour en savoir plus, cet article qui date un peu car elles se sont multipliées depuis, mais bien documenté: http://www.ecoledemocratique.org/article.php3?id_article=149

Et pour finir, quelques extraits d'un article de C. Weber sur les SIEG en Europe, qui montre l'étroitesse du lien entre l'école et l'entreprise:

 "Dès son introduction, ce livre vert de la Commission Européenne admet que les Services d’Intérêt Général jouent un rôle central pour «, garantir l'intérêt général » mais ce, uniquement « lorsque le marché n'y parvient pas »(...) Les entreprises privées, profitant de l’ouverture de créneaux nouveaux, vont s’établir dans des zones rentables ou offrir des services aux personnes solvables, et pourront délaisser les autres. On m’objectera qu’il y a une jurisprudence qui oblige à couvrir tout le territoire « à un tarif abordable » . En effet, les citoyens doivent tous avoir accès à ces services, mais aucun texte ne stipule que cela doit se faire sur les mêmes bases ! « Ainsi, ce sont les missions qui sont protégées, plutôt que la manière dont elles sont accomplies. »
On en revient à la formule aujourd’hui célèbre : « Nationalisons les pertes et privatisons les profits !». De toute manière, les entreprises privées ne prendront aucun risque. L’Etat sera là pour pallier les pertes. Et en ce qui concerne les tarifs « abordables », le livre vert nous en donne une définition : il suffira que l’Etat subventionne les « groupes vulnérables et marginalisés » afin qu’ils accèdent à un « panier de services de base » pour que les tarifs soient dits « abordables » . Donc : trois solutions :(1) Soit l’Etat proposera lui-même les services en question dans les zones non rentables ou auprès des personnes à bas revenus,(2) soit les entreprises recevront une compensation pour offrir ce service qui participe de la cohésion du territoire,(3) ou encore, les personnes à bas revenus recevront une aide qu’ils reverseront ensuite à l’entreprise privée, ce qui revient approximativement à la deuxième solution."
(article intégral, avec notes, en lien, voir aussi les liens vers les livres blanc et vert de la Commission Européenne sur les SIEG)

 

Libération propose depuis quelques temps un blog sur l'école, animé par son spécialiste, E. Davidenkoff, qui sévit aussi sur France Info. Je participe parfois à ce blog pour soulever certains points, que nous retrouvons bien entendu dans tous les services publics. Sidérée de ne pas lire d'article sur le projet de loi britannique sur l'Ecole d'octobre dernier, ma dernière intervention:

Emmanuel,

Merci d'aborder le problème du rôle des médias dans l'image et les affaires de l'Ecole. On assiste depuis quelques mois à un silence assourdissant des médias sur le "white paper" britannique. Vous, comme vos confrères, n'avez pas daigné présenter cette "bombe politique" britannique à nos compratriotes. Vous m'objecterez que les médias britanniques n'en ont pas beaucoup parlé non plus, et vous aurez raison: ils auront préféré gaspiller leur énergie à raconter sans relâche la pédophilie d'enseignants psychopathes. En effet, une histoire sordide a volé la vedette à la loi en préparation.
Je vous rappelle qu'un "white paper" est un projet de loi très officiel. Sachez aussi que le parti travailliste ne soutient pas unanimement Ruth Kelly sur son projet. Neil Kinnock, ancien Ministre de l'Education, se bat sans relâche contre cette loi qui fragmentera encore davantage ce système hyper-sélectif déjà en vigueur là-bas, puisque à l'issue du CM2, un concours envoie d'ores et déjà 15 à 20 % des élèves vers les écoles où les savoirs sont enseignés tandis que les autres se contentent de garderies (voir l'état des "comprehensive schools" aujourd'hui).
Je vous invite à regarder rapidement ce reportage de channel 4 qui reparle enfin du projet de loi, enterré depuis quelques mois sous les affaires sexuelles dont les journaux rafollent tant: http://www.channel4.com/news/special-reports/special-reports-storypage.jsp?id=1566

Ce reportage, loin de tout expliquer, vous donnera un aperçu de l'importance du combat qui est mené en ce moment pour défendre l'Ecole contre l'offensive des firmes telles que Microsoft.

Cette loi prévoit l'"autonomie" des établissements, autonomie par rapport à l'Etat, pas financière bien entendu car l'Etat participerait à hauteur de 80% des dépenses, mais autonomie de recrutement des élèves par exemple, autonomie sur les programmes, donc comme je l'ai déjà dit, l'enseignement possible du créationnisme.

Cette loi aura, comme le dit l'ancien ministre, de graves répercussions, non seulement sur les générations actuelles, mais aussi sur les futures générations.

Nous nous rapprochons dangereusement de ce que la Commission Européenne et l'OCDE préconisent pour tous les services publics: il suffira que l’Etat subventionne les « groupes vulnérables et marginalisés » afin qu’ils accèdent à un « panier de services de base ». Trois solutions :(1)l’Etat proposera lui-même les services en question dans les zones non rentables ou auprès des personnes à bas revenus ( écoles de seconde zone, garderies/ comprehensive schools),(2)les entreprises recevront une compensation pour offrir ce service ( "academies" ou "trust schools" du "white paper" précisément) ,(3) les personnes à bas revenus recevront une aide qu’ils reverseront ensuite à l’entreprise privée ( "vouchers" déjà en place aux Etats Unis, bientôt repris en Grande Bretagne- voir post précédent là-dessus)

Je suis sidérée de ne pas trouver d'informations dans la presse française, mais où sont passés les journalistes, pourtant si efficaces dans les comparaisons d'habitude? Quels sont les reproches faits à ce "white paper"? Quels en sont les dangers? Quels en sont les modèles? Quelles sont les justifications données par ce gouvernement pour mettre en place ce nouveau système de "trust schools"?
En attendant de lire un article sérieux à ce sujet,
cordialement,
Pauline Guyader

Par poline guyader
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Samedi 4 février 2006

Je prends le temps de détailler davantage le projet de loi Britannique auquel aucun journal français ne daigne encore consacrer un article à ce jour. 

 

D’abord un mot sur le voyage de S. Royal auprès de Tony Blair. L’ancienne ministre déléguée à l’enseignement scolaire de 1997 à 2000 s’est donc rendue chez son ami Tony Blair, en plein débat sur le white paper. E. Davidenkoff  ( spécialiste de l'éducation à Libération) et ses collègues n’y ont pas vu un soutien au projet travailliste…Et pourtant.

Critiquant les médias, elle soutient que les politiques de Tony Blair sont « caricaturées » en France…

 

Sur le projet de loi en lui-même, il ne devrait pas être présenté au parlement avant le 16 février. Les débats font rage : une centaine de parlementaires a signé un projet alternatif.

En quoi consiste le projet de Ruth Kelly et Tony Blair ? Il s’agit d’inciter les écoles à acquérir un nouveau statut. Tout est libre. Chaque école pourra ou non choisir de devenir un « trust ». Ce statut permet aux écoles de chercher des sponsors extérieurs à l’Etat. Le sponsor ne doit pas tirer de profit (financier). Il entre en échange au Conseil d’Administration de l’école (primaire ou secondaire), son poids au sein de ce Conseil peut être majoritaire si son aide est substantielle. Mais il aura, même s’il est minoritaire, son mot à dire sur la gestion de l’école. Le Conseil d’Administration gère de manière autonome chaque école : choix du personnel enseignant, gestion des locaux, choix du personnel administratif et de service, tâches à répartir, admission des élèves …etc. L’interdiction de profit n’exclut évidemment pas le profit d’autres natures que le gain financier immédiat. Deux exemples : l’entreprise Microsoft se porte volontaire pour entrer dans ce projet, et sponsorise déjà une centaine d’école à travers un autre système mis en place par Tony Blair en 1998 : « specialist schools ».  Peut-on dire qu’elle n’en tirera aucun profit ? Est-ce par pure philanthropie ?  Citons Stephen Uden, de la direction de Microsoft interviewé dans le Times Education Supplement du 28 octobre 2005 p5 : « Les « trusts » permettent un niveau d’implication des entreprises bien plus élevé que dans les « specialist schools ». » Autre exemple : les églises, en particulier fondamentalistes, mais pas seulement. Là encore, aucun profit ?

Pour savoir si le sponsor tire un profit financier de cet investissement « philanthrope », il faudrait étudier le droit des impôts britannique. Je ne suis pas juriste, encore moins en ce qui concerne le droit britannique, mais en France, une entreprise qui fait don à une œuvre caritative déduit aujourd’hui 60% de cette somme de ses impôts (contre 50% avant la loi d’août 2003, grâce à N. Sarkosy). Les dons aux « trust schools » seront considérés comme des dons à des œuvres caritatives, il est certain qu’il y a des déductions fiscales en jeu ici.  Je n’ai trouvé pour le moment aucun article abordant le sujet sous cet angle. Mais peut-être suis-je tatillonne… Il est vrai que j’ai lu la prose de Monsieur Proglio, PDG de véolia, qui explique clairement sur le site de sa Fondation que ce cadeau fiscal le pousse à développer cette fondation. Les entreprises se présentent alors comme les sauveuses d’un système en faillite. Un article sérieux sur ce projet de loi ne manquerait pas de se renseigner sur les déductions fiscales effectivement allouées aux sponsors, enfin je l’espère.

 

Enfin pour terminer, en Grande Bretagne, les écoles sont classées selon leur taux de réussite ; ce classement est appelé« league tables ». Il aura un rôle important car les écoles les plus en difficulté sont incitées à changer de statut pour percevoir les fonds donnés par les sponsors extérieurs, ne serait-ce que pour financer les travaux sur des bâtiments et du mobilier vétustes que le gouvernement refuse de financer. L’importance de ce classement lié au financement de l’Etat amène les écoles à sélectionner leurs élèves. Une fois le contrat passé avec le sponsor, il est prévisible que les écoles mieux financées seront plus demandées et que la sélection deviendra plus prégnante dans ces écoles qui au départ instruisaient les plus démunis. Ce problème de la sélection est au cœur des débats actuels.

 

Le rôle de l’Etat se délite, est progressivement effectué par des entreprises à qui on demande de pallier les manques délibérément créés. Cette perspective est depuis quelques années plus pressante. Tout le monde doit en être conscient, ce projet de loi est un pas de plus vers la marchandisation de l’école et le désengagement très net de l’Etat sur une des questions les plus fondamentales : l’instruction des citoyens de demain.

Par poline guyader
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Mercredi 15 février 2006
Le white paper Britannique va bientôt être voté. Les opposants travaillistes vont être satisfaits. J'attendais des questions sur le contenu des réserves émises par ces 100 députés, mais malgré l'absence de question, je vous en donne mon analyse rapide.
Ces députés ne se sont opposés à ce projet non sur le fond, c'est à dire la recherche de sponsors et leur entrée aux conseils d'administration. Ils ne se sont pas ému de l'influence que pourraient avoir et les entreprises et les églises sur l'enseignement dispensé, mais se sont focalisés sur la peur de la sélection des élèves. Ils étaient en définitive d'accord avec le principe mais exigeaient des règles strictes quant à l'admission des élèves dans ces écoles. Ils ont désiré que tous "profitent" de ce nouveau système. Le gouvernement va donc plier sur ce principe et accorder des assurances sur le contrôle de la non-sélection à l'entrée. Le reste de la loi va passer sans aucun problème. La consolidation de la présence microsoft (par exemple) dans les écoles, ainsi que l'influence de certaines églises fondamentalistes vont pouvoir se poursuivre. Merci le "New Labour". Je me pose une question: il est stipulé que les dons seront considérés comme des dons à des organismes caritatifs et qu'il s'agit d'un don qui ne peut donner lieu à profit. Quelqu'un peut-il m'éclairer sur le montant des déductions fiscales allouées aux généreux donateurs? En France, Nicolas Sarkosy, Ministre des Finances en août 2003 a augmenté la déduction fiscale accordée à des donateurs de 50% à 60%, qu'en est- il en Grande Bretagne? Ces déductions ne sont-elles pas le moyen détourné d'obtenir un certain "profit"? Ne pourrait-on pas considérer la part restant réellement une charge pour l'entrerpise comme une part de son budget publicitaire? (Retenons que le généreux sponsor s'adressera à un public captif et influençable, et se façonnera une image de bienfaiteur auprès de la communauté...)
Je vous invite à lire l'interview intégrale de Tony Blair sur le Guardian de ce jour http://education.guardian.co.uk/schools/story/0708895,00.html708895,00.html
Il y explique notamment comment malgré l'absence d'évaluation du précédent système d'academies( un scandale a éclaté quand certaines "academies "ont été jugées défaillantes par l'OFSTED: http://www.channel4.com/news/special-reports/special-reports-storypage.jsp?id=1566), il entend  étendre ce principe de privatisation partielle à toutes les écoles "volontaires" (voir explication dans le blog de libé, ou à défaut, si quelqu'un le demande, je redonnerai une eplication rapide) Voici un extrait de cet interview afin de vous éclairer sur sa position: Journaliste: "Alastair [Campbell] is recorded as saying: "You have got to understand not everyone wants all this choice. Most people just want a good school.""T.Blair: "I won't tell you what my reply to Alastair was, but of course people want the broadest choice possible." (...) journalist: "...The Burger King trust school - would that bother you?"
T.Blair: "Well it's not happening is it? In any event, the question in each case is, is it going to improve the children's education and if you look at the city academies so far, I say go and talk to the parents."
Nous avons tort de nous inquiéter, il n'y a pour le moment que Microsoft, KPMG(entreprise de conseil et d'audit présente dans 148 pays) et the United Learnig Trust ( "a subsidiary charity of the not-for-profit charity, the United Church Schools Trust (UCST) and shares with it the objective of managing schools which offer students a high quality education based on Christian principles of service and tolerance.")qui se soient publiquement portées volontaires le 20 janvier dernier. Rien d'inquiétant en somme...
Par poline guyader
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Mercredi 1 mars 2006

Hier, mardi 28 février, j'entendais pour la première fois sur France Culture, parler du White Paper sur l'Education. Le présentateur du journal nous apprit que le Premier Ministre rendait public "un projet de loi très controversé sur l'Education. Il renforce l'autonomie des établissements, les met en concurrence, et les engage aussi à chercher des soutiens privés." Présenté au public depuis 4 mois déjà, la radio française est quelque peu en retard... Le dialogue du journaliste avec le journaliste, Christian Roudaut, fut étonnant, le voici retranscrit dans son intégralité:

"Présentateur: Les écoles pourront être quasiment gérées parfois comme des entreprises ou par des entreprises et seront donc mises en concurrence.

C.Roudaut: Oui, la grande idée de Tony Blair est de donner plus d'autonomie aux établissements scolaires du public, le gouvernement travailliste veut donc inciter les établissements à développer des partenariats avec le privé, c'est à dire des entreprises, des associations, des universités et même des groupes religieux qui assureraient la gestion des établissements. Actuellement les écoles publiques sont gérées par les municipalités, mais aux yeux de Tony Blair, le système actuel est trop bureaucratique et ne donne pas des résultats satisfaisants. Idée donc d'introduire une forme de concurrence, d'émulation dans le public car ces écoles continueront bien d'être financées par l'Etat. Sur ce dossier, Tony Blair et sa Ministre de l'Education Ruth Kelly se placent résolument du côté des parents d'élèves. Il s'agit de leur donner la possibilité de choisir les établissements pour leurs enfants au lieu d'être prisonniers de la carte scolaire.

Présentateur: C'est un plan approuvé par l'opposition Conservatrice, ça grince un peu quand même du côté des Travaillistes, c'est un enjeu politique pour Tony Blair qui s'est beaucoup impliqué personnellement dans la défense de ce projet alors qu'il en est à son troisième mandat rappelons-le.

C.Roudaut: Oui, c'est un fait, ce projet de loi a déjà fait couler beaucoup d'encre. Tony Blair voit cette réforme très "New Labour" dans le fond et dans la forme, comme la grande oeuvre de son troisième et dernier mandat, mais beaucoup de députés Travaillistes sont très réticents, ils craignent un nouveau système qui introduirait encore plus de sélection, un système qui permettrait aux écoles de choisir les meilleurs élèves, en clair les enfants de "bonne famille" au détriment des autres. Le vote de ce projet au Parlement est prévu pour le 15 mars, en théorie, Tony Balir n'a aucun souci à se faire, il peut compter sur le renfort des Conservateurs, favorables à cette réforme scolaire. Mais voilà, si un texte aussi central devait passer grâce aux voix de la droite, ce serait politiquement très dommageable pour Tony Blair, et ça pourrait même précipiter son départ. Du coup le Premier Ministre a fait quelques concessions à ses troupes Travaillistes, notamment sur la question de la sélection des élèves, et aujourd'hui, le gouvernement semble bien plus optimiste sur les chances de faire voter cette réforme sans avoir besoin des voix des Conservateurs."

La différence entre le présentateur et l'envoyé spécial est frappante, alors que l'un parle de "mise en concurrence", d'écoles "gérées par des entreprises", le reporter parle lui de davantage "d'autonomie", d'"émulation", plus positif... Christain Roudot ne détaille absolument pas l'information selon laquelle les écoles seront gérées par des entreprises ou des groupes religieux, le coeur de son reportage se situe bien davantage sur les retombées politiques de ce projet sur la carrière du Premier Ministre. Il semble en fait adhérer au projet et ne prend aucune distance en reprenant à son compte le premier argument de défense de ce projet à savoir la liberté "résolumentdonnée aux parents "prisonniers". Le libéralisme vient donc à la rescousse de ces familles détenues dans les geôles de la carte scolaire. Alors qu'il utilise le mode indicatif pour reprendre les idées Blairistes " se placent résolument", "il s'agit de leur donner la possibilité de choisir", il choisit le conditionnel pour évoquer les arguments des opposants "un système qui introduirait encore plus de sélection", "un système qui permettrait aux écoles de choisir les meilleurs".

Voici donc comment l'information est pour la première fois traitée par un grand média français. Du beau travail de journaliste...

Notons tout de m^me une dépêche AFP datée du 15 février 2006:

"L’éducation doit être « modernisée pour le monde d’aujourd’hui », a insisté M. Blair, défendant son idée de faire gérer les écoles par des acteurs privés : entreprises, groupes religieux, groupes de parents ou associations.

S’il a dû promettre qu’il n’y aurait pas de sélection des élèves par leurs aptitudes ou leurs origines sociales, pour amadouer les opposants de son propre camp, M. Blair a précisé que le « cœur » de son projet restait intact.

« Les écoles auront la liberté, de droit, de devenir autonomes, elles pourront posséder leurs actifs, gérer leur personnel, développer de façon indépendante leur culture », a-t-il dit devant une commission parlementaire.

« C’est le coeur de la réforme et cela reste intégralement », a-t-il affirmé, niant dans le même temps toute « privatisation de l’éducation » car les écoles continueront d’être financées par l’État.

Défini dans un Livre Blanc en octobre dernier, le projet de loi est soutenu par les conservateurs et dénoncé violemment par certains travaillistes, ce qui embarrasse Tony Blair.

Autonomes, dégagées de l’emprise des autorités locales, ces écoles, pourront choisir leur programme, déterminer les salaires et conditions de travail de leur personnel. Les écoles seront encouragées à répartir les enfants en fonction de leurs aptitudes.

Le projet de loi introduit des mécanismes de marché dans l’éducation, laissant les parents choisir les écoles de leurs enfants, estimant que cela va tirer le système éducatif vers le haut.

Les bonnes écoles, très recherchées, pourront se développer et prendre ainsi plus d’élèves. Les mauvaises auront un sursis d’un an pour s’améliorer et, si elles échouent, pourront être fermées ou faire l’objet d’un appel d’offre pour les confier à un autre « fournisseur ».
Les parents pourront demander qu’un chef d’établissement soit renvoyé.

« Le principe de base est simple : la liberté pour les écoles et le pouvoir pour les parents signifie de meilleurs niveaux pour tout le monde », avait résumé la ministre de l’Éducation Ruth Kelly en présentant le projet.

Mais tout cela n’est pas du goût des travaillistes, qui craignent que cela ne mène à une éducation publique à deux vitesses, favorisant les familles aisées, souvent mieux informées, et reléguant les enfants défavorisés dans les mauvaises écoles.

Tous les Britanniques qui peuvent se le permettre envoient déjà leur progéniture dans des écoles privées, performantes, mais au coût prohibitif (1.100 euros par mois dans le primaire, jusqu’à 2.600 euros pour les écoles secondaires les plus huppées).

Pour calmer le jeu, le gouvernement a annoncé des concessions, notamment l’interdiction pour les écoles de mener des entretiens pour sélectionner leurs élèves.

Il a également donné le droit aux autorités locales, dont le rôle est fortement réduit par la réforme, de continuer à créer des écoles.

Alors que Blair ne dispose que d’une majorité de 65 députés à la chambre des Communes, le rejet d’une réforme dans laquelle il s’est fortement impliqué serait un rude coup à son autorité. Elle doit être débattue en mars."

Toute ressemblance avec la présentation de ce même projet sur France Culture est certainement fortuite. On peut imaginer que cette dépêche a elle aussi été écrite par Christian Roudaut, journaliste indépendant. Si c'est le cas, nous voyons ici à l'oeuvre la ténacité du travail de journaliste, la recherche de la vérité, l'information exhaustive du public... Enfin tout ce qui ferait un travail de journaliste sérieux.

 nb:
Christian Roudaut est journaliste indépendant installé à Londres depuis 1999. Il collabore à un large éventail de médias (Radio-France, Arte, Elle, Valeurs Actuelles, Radio-Canada). Il a été reporter politique à Paris (BFM, Radio France Internationale). Christian Roudaut est également intervenant à la London School of Economics (Londres) où il donne des cours sur les médias.

Par poline guyader
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Mercredi 8 mars 2006

Un Maire des Côtes d'Armor fait savoir son indignation à la publication au Bulletin Officiel de l'amendement à la loi relative aux libertés et responsabilités locales. Cet amendement dit "amendement Charasse" du nom de son instigateur, oblige les communes à subvenir aux dépenses des écoles privées sous contrat à la même hauteur qu'elles le font déjà pour les écoles publiques. Il est désormais obligatoire pour la commune de payer pour la scolarisation d'un enfant dans une école située dans une autre commune, même si il existe une école publique dans la-dite commune, où l'enfant aurait pu être inscrit. Les parents ne doivent justifier d'aucune raison particulière pour choisir une école différente, l'école où leur enfant est inscrite bénéficiera de cet argent. Les enseignants étant déjà rémunérés par l'Etat, il s'agit désormais de mettre toutes les écoles "sur un même niveau de subvention". Les fournitures, les ordinateurs, les personnels d'aide, les locaux culturels, sportifs ou administratifs, l'entretien ou le remplacement du mobilier scolaire (...) seront assumés par les communes d'origine des élèves. Nous voyons ici se mettre en place l'Accord Général sur le Commerce des Services, signé par les membres de l'OMC en 1994: un organisme public ne peut percevoir d'argent que dans la mesure où les organismes privés effectuant les mêmes tâches touchent la même somme. Je vous invite donc à lire cet amendement en ligne sur le site  officiel: http://www.education.gouv.fr/bo/2005/46/MENB0502677C.htm 

Voici le texte écrit par le maire de Boqueho(22), Roland Briand, le 5 mars 2006:

"Un courrier du préfet vient de prévenir les maires que dorénavant ils étaient tenus de participer
au financement de la scolarité des enfants de leur commune scolarisés dans les écoles privées
d'autres collectivités.
Il n'était pas question dans ce courrier de demander l'accord du maire de la commune de résidence
mais on pouvait espérer que par analogie avec ce qui existait pour le financement de la scolarité de
nos résidents dans les écoles publiques d'autres collectivités celui ci serait demandé.
Mais il n'en est rien car l'amendement charasse semble prevoir que l'accord du maire de la commune
de résidence ne sera pas requis et aucune condition ne sera imposée pour l'inscription.pour
l'inscription à l'école publique en cas de desaccord du maire de la commune de résidence il faut
qu'elle résulte d'une obligation professionelle des parents ,de l'insciption antérieure d'un
membre de la fratrie ou d'un problème de santé .
Pour le privé rien de tout cela :liberté absolue d'insciption et obligation de financement.
pourquoi n'avons nous pas entendu en temps opportun les parlementaires defenseurs de l'école
publique hurler contre cet avantage offert au privé peut etre n'y en t'il plus beaucoup ou alors
leur voix n'arrive peut etre plus jusqu'a nous .
pour nos communes rurales qui se battent pour maintenir des écoles de qualité sur leur territoire
c'est une véritable catastrophe eu egard aux budgets peau de chagrin dont elles disposent.
le fait du prince fut -il législateur impose à nouveau une dépense sans proposer de recette
supplémentaire il y est habitue ;nous devrons donc lever des impots supplementaires afin de
permettre à certains de nos enfants d'etre scolarises dans une école autre que celle de la
REPUBLIQUE!
Cette fois un nouveau pas a été franchi car il ne s'agit pas d'une égalité de traitement entre
petits francais mais bien d'un privilège accordé à ceux qui fréquenteront l'école privée.
à l'heure ou la défense de la laicite contre tous les intégrismes et tous les confessionalismes est
fondamentale pour la préservation d'un ideal républicain il s'agit encore d'un mauvais coup qui est
passé presque innapercu;à qui le tour ?

Roland Briand."

Par poline guyader
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Jeudi 16 mars 2006

Il aura donc fallu attendre le vote des Députés Britanniques pour que quelques journalistes daignent s'intéresser à la loi sur l'Ecole de Tony BLAIR et Ruth KELLY. C'est donc fait. Je dois dire que je suis plutôt surprise du résultat. Le projet alternatif me faisait craindre pire. Le premier ministre a finalement dû faire appel aux voix des Conservateurs pour faire adopter son projet. en effet, 52 députés Néo-Travaillistes ont campé sur leurs positions malgré les amendements apportés et se sont opposés à cette loi et 25 autres se sont abstenus. Ce sont donc les votes Conservateurs qui ont permis de passer le texte. Depuis mon dernier article, de nouveaux "Sponsors" se sont déclarés: nous avions déjà Microsoft, KPMG et des églises évangélistes, se sont réveillés aussi le groupe Toshiba et un milliardaire Saoudien. Le texte entrera donc en vigueur à la rentrée prochaine. Soyons aux aguets...

Que se passe-t-il dans la presse?  Je n'ai rien lu dans Libération, ni dans Le Monde, mais peut-être ai-je raté les articles? Sinon, il faudrait se demander pourquoi ce silence... Par contre, Le Figaro y consacre un article aujourd'hui, et la radio ( France Inter et Culture) en a parlé hier.

Le modèle Britannique va-t-il prendre chez nous? Je le crains. Il suffit de reprendre mon précédent article et d'y ajouter les idées ultra-libérales de SARKOZY, le bruit autour du campus VEOLIA, les analyses fumantes des DUBET, DURU-BELLAT et consors, la visite de Ségolène au moment du débat en Grande Bretagne, le projet du PS dans son ensemble, qui débat samedi 18 mars à Marseille, en invitant l'éminent sociologue François DUBET, l'inspecteur Pierre FRACKOWIAK, La Ligue de l'Enseignement, l'UNSA, Jean-Pierre OBIN (auteur d'un grand rapport), Yannick VALLEE (Président d'université qui s'oppose en ce moment aux étudiants en grève)...  Si on ajoute à cela le "Cadre Européen de Référence pour l'Enseignement des Langues" qui transforme les professeurs de langues en simple répétiteurs de "Certificats" tels que le Cambridge ou le TOEFL, payants, l'enseignant ne devra plus enseigner la culture, la civilisation, l'histoire, la politique et l'économie des pays locuteurs de cette langue, il faudra se concentrer exclusivement sur la maîtrise de "la langue de communication". La langue devient donc un outil vidé d'autres objectifs... Et ce passage à des "certificats" va certainement s'étendre aux autres matières enseignées à l'école... Pourquoi pas?

Par poline guyader
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